J+74 , km 11 943
Nous avons passe nos 15 derniers jours a sillonner la Patagonie, d'Ushuaia, a l'extreme sud du Sud, a El Calafate, plus au nord.

La Patagonie, terre du bout du monde, immense (un peu plus grande que la France a elle toute seule !), desertique (moins de 1 habitant au km2), sauvage et majestueuse. La plus grande partie de ce territoire appartient a l'Argenine et le reste au Chili. Des paysages desoles, des montagnes enneigees, des glaciers, des lacs, des steppes immensemment vides et battues par les vents, un ciel tourmente... Une bien belle fin pour cet immense continent. On n'y a pas eu chaud, mais on a adore !

Dimanche 25 novembre, Ushuaia, Argentine
De l'avion, entre les nuages, nous voyons se devoiler ce grand bout de terre, Tierra del Fuego (la Terre de Feu), que dominent des montagnes couvertes de forets et de neige. On apercoit les arbres brises et arraches par le vent : la Terre de Feu n'est pas l'ile la plus hospitaliere qui soit. Nichee au fond d'une baie, au bord d'une mer sombre, apparait la petite ville d'Ushuaia, capitale de cette region deserte. Ici, malgre la presence des touristes et de la civlisation, la nature semble reine. Au large de la ville, les animaux (lions de mers -grosses otaries qui ressemblent effectivement a des lions-, pingouins, parfois meme baleines) s'ebattent sans se soucier des hommes qui passent, auxquels le climat tempètueux et changeant se charge bien de rappeler qu'ils sont tous petits. C'est que nous sommes ici entre le 45eme et 55eme degres Sud, a quelques milliers de kilometres du Pole Sud : la Patagonie est le seul endroit des 5 continents a etre sur le passage des vents venus de l'Antartique. Les marins connaissent bien cela puisqu'ils ont nomme la region "Roaring Forties" (les 40emes rugissants) pour designer les vents violents qui passent en rafale au large du Cap Horn, a seulement 140 km de la.
En plus de cela, le climat change continuellement : il peut faire beau, et soudain il pleut ou meme il neige, meme en ete... On dit souvent qu"il peut y avoir ici "les 4 saisons en une seule journee".
La Patagonie a d'abord ete habitee par quelques milliers d'indiens : les Onas, les Yamanas et les Alakafutes vivaient nus malgre le climat extreme et chassaient et pechaient pour se nourrir. Mais comme partout en Amerique du Sud, ils genaient les conquistadores et les colons qui se sont appropries leurs terres. Presque tous ont ete tues au XIXeme siecle, victimes d'un veritable genocide. Aujourd'hui, il ne reste quasiment plus d'indiens dans cette region.
Les habitants d'Ushuaia aiment dire qu'ils vivent "au bout du monde". Bon, ce n'est pas tout a fait vrai : tous les chiliens vous expliqueront que la ville la plus au sud de l'Amerique Latine n'est pas Ushuaia mais Puerto Williams, petite bourgade a quelques kilometres de la, en territoire chilien, surtout habitee par des militaires. Mais on s'accordera en disant qu'Ushuaia est la derniere grande ville la plus australe. Et puis quand on a regarde les emissions de Nicolas Hulot, ca fait quand meme rever.
A quelques kilometres de la ville, nous decouvrons le Parc National de la Terre de Feu. Un endroit magnifique et paisible compose de montagnes, forets, et plages de galets, le long du Canal Beagle, ou se situe Ushuaia. Les lapins, renards, chevaux sauvages, castors, gambadent joyeusement; on a meme croise quelques pic-verts.

Mercredi 28 novembre, Punta Arenas, Chili.
Nous avons traverse le Detroit de Magellan, cette large passe de mer qui separe la Terre de Feu du Continent. Aujourd'hui, la mer est plate et le ciel a des couleurs extraordinaires, on apercoit meme quelques dauphins. Mais l'endroit est repute pour de belles tempetes. On en fait d'ailleurs l'experience le lendemain : de Punta Arenas, grande ville portuaire et tranquille du sud du Chili situee au bord du Detroit, nous reprenons le bateau pour l'Isla Magdalena, ou vivent une colonie de 120 000 pinguins de Magellans. Mais alors qu'il fait un temps superbe le matin, le vent se met soudain a souffler, la mer se leve, les vagues frappent le bateau : le capitaine decide de faire demi-tour et de ne pas accoster sur l'ile. Trop dangereux. Qu'a cela ne tienne, on y retourne le lendemain accompagnees de Tora, une jeune scientifique qui vit sur l'ile, et Naftaly, le garde de la reserve naturelle.
Il y a effectivement beaucoup, beaucoup de pingouins sur l'ile. Ces petites betes, mi-oiseaux, mi-poissons, ressemblent meme parfois a des hommes : les pingouins aiment se faire des calins et Tora nous raconte meme qu'ils fetent les "mariages" en dansant autour des nouveaux couples qui se forment. Et les pinguins sont tres fideles. Ils vivent sur l'ile de septembre a mars, le temps de se faire un nid, pondre leurs oeufs, donner naissance aux petits et leur apprendre a nager, marcher et se nourrir. Des que les petits ont l'age, ils partent vers le nord (sur les cotes du Bresil ou au nord du Chili) pour chercher des jours plus longs.

Toute cette magnifique faune et flore de la Patagonie se trouve aujourd'hui menacee. Chacun en a entendu parler, la planete est victime des abus de l'homme sur son environnement; et l'on sait depuis 20 ans deja que la couche d'ozone, qui permet la vie sur Terre, presente un trou grandissant. Et bien c'est ici, dans cette region sauvage et pure, que le phenomene se manifeste vraiment : Punta Arenas est situe sous le trou de la couche d'ozone, qui s'etend de l'Atlantique a la Patagonie.

Qu'est-ce que le trou de la couche d'ozone ? (avec l'aide de Wikipedia)
La couche d'ozone désigne la partie de la stratosphère contenant une quantité relativement importante d'ozone, composé chimique qui a pour effet d'absorber la plus grande partie du rayonnement solaire ultraviolet, dangereux pour les organismes vivants. En l'absence de cette couche d'ozone, la vie n'aurait été possible que dans les océans, à une distance suffisante de la surface des eaux.
C'est en 1985 que l'alerte a été donnée avec la découverte d'une diminution importante de la concentration d'ozone au-dessus du continent antarctique. Une réduction de près de 50% du contenu total d'ozone était observée, se produisant au cours du printemps austral et couvrant toute la surface de l'antarctique.
Depuis la fin des années 1970, l'épaisseur de l'ozone est passée, en certains endroits, de l'équivalent de 3 mm à 2 et même 1,5 mm aujourd'hui, en moyenne pour le mois d'octobre.
C'est cette diminution relative de l'épaisseur de la couche d'ozone , que l'on nomme « trou d'ozone » ou « trou dans la couche d'ozone ».
En 2006, l'ONU et les experts alertent sur le fait que la couche d'ozone se reconstitue moins vite que prévu, en raison probablement de l'utilisation persistante de gaz interdits, mais peut-être aussi à cause de l'effet de serre et des traînées de condensation laissées par les avions. C'est le froid qui exacerbe les réactions chimiques de destruction de l'ozone.
Le trou dans la couche d'ozone a atteint une superficie record fin septembre 2006 et une épaisseur minimale record début octobre. À cette époque, à Ushuaia, les habitants ont été contraints de ne pas sortir découverts, car ils risquaient d'être brûlés vifs.
L'action des ultraviolets sur les organismes vivants
Les ultraviolets détériorent l'ADN des cellules, ce qui dérègle leurs activités (provoquant par exemple des cancers) ou les détruit (coup de soleil). De plus, les rayons ultra-violets perturbent les divisions cellulaires des micro-organismes aquatiques, ce qui a de graves conséquences sur la vie aux pôles. En plus des cancers de la peau, on observe aussi un affaiblissement général du système immunitaire.
Cela a des consequences sur les animaux qui subissent le rechauffement climatique en modifiant leur environnement et donc leurs habitudes alimentaires.
Les effets se font aussi sentir sur les glaciers, nombreux dans la region d'El Calafate, et qui sont en train de fondre pour la plupart de plusieurs metres par an... La glace qui se detache alors forme des icebergs qui derivent sur les lacs d'un bleu laiteux.


Vivre sous le soleil de Satan
A Punta Arenas, on connait bien le probleme car les repercussions sont bien concretes: durant les jours les plus dangereux, on peut se bruler la peau en moins de 5 mn. Chauque jour les journeaux de la ville publient les avis de rayonnements. Mais c'est surtout dans les ecoles qu'on s'est organise : il faut que les enfants soient informes pour etre proteges.
Nous nous rendons dans une ecole de de la ville. Chacune a un drapeau qui varie selon les jours, du vert au rouge, pour signaler le niveau de radiation : orange c'est moyennement dangereux, rouge tres dangereux. La prevention commence des le plus jeune age : a 4 ans, on sait deja qu'on ne doit pas sortir a Punta Arenas sans se mettre une bonne creme solaire (indice 50), des vetements a manches longues (ca vu le climat, on n'a pas trop de mal), voire ne pas sortir en milieu de journee pour les jours d'alerte rouge.

Les touts-petits nous expliquent comment proteger la planete : ne pas utiliser d'aerosol, aller a l'ecole a pieds ou en velo (ou meme a cheval nous dit une petite fille !) parce que sinon "les arbres ils peuvent pas respirer".
Quand aux plus grands, ils sont parfaitement au courant de la chose : on assiste a un cours de biologie ou la professeur explique de manier detaillee les causes et consequences du trou de la couche d'ozone. Mais c'est nous qui avons appris le plus de choses, les eleves en savaient deja beaucoup!
Quand on interroge les ados, ils nous disent qu'ils sont habitues a avoir cette menace perpetuelle sur eux, a l'idee qu'ils sont plus exposes que les autres au cancert de la peau et autres maladies. Mais ils se protegent et vivent avec. Brr...
C'est etrange que ce soit ici, dans des region si peu polluee et si belle, que l'on supporte le plus les effets de la pollution de la planete. Alors qu'en France, cela reste un vague concept, ici ll fait desormais partie de la vie quotidienne. Il est grave, concret. Il nous vient a l'idee que si nous ne faisons rien rapidement, nous risquons tous un jour d'en arriver la. Et c'est effrayant...
